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Faut-il être politiquement correct pour avoir le droit de manifester ?


dimanche 20 janvier 2013









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La manifestation du 13 janvier a été un considérable succès, c’est une évidence. Sans doute plus d’un million de participants. Il faut les en féliciter ainsi que les organisateurs. Je ne commenterai pas le fond du débat : beaucoup l’ont fait avec talent. Mais au-delà il me paraît intéressant d’en tirer quelques leçons sur les conditions de l’action politique et du débat moderne. Après le nombre de participants, le principal objectif de cette manifestation a été le contrôle extrêmement strict des prises de parole et des incidents possibles. Sur ce plan le succès a été également total, et même stupéfiant compte tenu du nombre ; mais il faut mesurer aussi le soin méticuleux mis pour y parvenir.

En même temps cela en dit long sur la chape de plomb effarante que le politiquement correct fait désormais peser sur toute forme d’expression publique. Et sur la précarité de parole de ceux qui ne sont pas conformes aux canons de ce politiquement correct. Une comparaison avec la situation encore vingt ans en arrière est sur ce point édifiante, sans parler des débats excessifs mais drus qui prévalaient dans les générations précédentes.

Ce n’est pas sans de sérieux inconvénients, car les messages doivent désormais se simplifier et s’édulcorer dans des proportions considérables. D’où ce côté aseptisé qu’avait parfois la manifestation, vue du dedans – même si elle restait sympathique et naturelle. Et bien entendu cela implique, par construction, un forme de validation de fait de la censure. C’est-à-dire des règles que nous impose la dialectique, cette technique implacable consistant à invalider l’adversaire non en réfutant ses arguments mais en l’affligeant d’une étiquette qui le classe définitivement et par nature dans le camp des méchants, réprouvés par la société, avec les racistes, fascistes et autres. On le voit sur le vif en prenant la couverture média des incidents dans les diverses manifestations : les manifestants de Civitas, qui ont réagi à une provocation agressive mais qui sont du mauvais côté de la dialectique, ont été dénoncés par les média comme ‘intégristes’. En revanche quand des incidents ont éclaté lors de manifestions favorables au mariage homosexuel, les média ont dénoncé les ‘provocateurs homophobes’…

D’où l’autocensure. Les organisateurs du 13 janvier ont par exemple totalement repris à leur compte la notion de lutte contre l’homophobie. Bien sûr s’il ne s’agissait que de respecter les personnes homosexuelles cela irait de soi. Mais on sait que le mot est terriblement connoté et sert efficacement dans la dialectique : on affuble d’homophobie tout commentaire public et visible divergeant de l’idée officielle sur la question homosexuelle et ce qu’on y appelle égalité de droits. De la même façon la disparition de toute forme trop explicite de quoi que ce soit de religieux a été recherchée avec soin dans l’opération ; mais cela accrédite de fait indirectement un des thèmes dominants de la pensée unique, l’illégitimité de la religion dans le domaine public. Sans doute fallait-il en passer par là en l’espèce. Et pour une fois que des leaders attachés à la famille et à la loi naturelle montrent un sens consommé de la scène médiatique, c’est très heureux. Mais l’exercice recèle ses dangers, et ils sont réels.

Sur le plan pratique, la suite de cette manifestation va s’inscrire dans le même contexte de théâtre médiatique, sous la férule des règles de la dialectique : le seul moyen d’exister de maintenir la pression, ce qui implique la perspective de nouvelles manifestations ou de formes d’action analogues. Le succès n’est pas acquis car tout le poids de l’idéologie dominante va en sens contraire. Ceci dit une issue négative n’est pas certaine ; si la pression est suffisamment forte, le pouvoir peut céder en tout ou en partie comme Villepin a dû le faire avec le CPE pourtant déjà voté. Dans notre système, c’est en entretenant la flamme, c’est-à-dire l’évènementiel public, « l’actu », qu’on peut tenir et espérer vaincre ; notamment par un bon accompagnement de ce qu’on appelle encore le « débat » parlementaire. Le gouvernement lui jouera la montre et l’épuisement, ainsi que la diversion (merci le Mali).

Là encore la communication moderne impose donc ses lois : celles du renouvellement constant de l’actualité, de l’invention d’évènements vivants, visibles et bien calibrés. Pas très rationnel voire bizarre sans doute, mais c’est le monde où nous vivons et cela demande un vrai talent. Chance ou Providence, les organisateurs du 13 janvier ont eu ce talent.

Bien entendu, en cas d’insuccès total ou partiel, il faudra passer au harcèlement juridique. Voix hasardeuse mais qui peut être payante ; en tout cas légitime, car ce qu’on appellera alors loi ne sera que l’exercice du pouvoir arbitraire d’une majorité imposant ses vues idéologiques au reste du pays.

(Adapté d’une intervention sur le site de Liberté Politique)














































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