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Une vague ’conservatrice’ peut-elle toucher la France ?


samedi 23 mai 2020









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De qui parle-t-on ?

Il faudrait évidemment déjà se mettre d’accord sur ce qu’on appelle ’conservateur’. Comme je l’ai montré dans un livre paru l’an dernier aux éditions du Bien Commun, Pour un grand retournement politique, le conservatisme est un terme ambigu. Sans parler de l’étymologie, qui conduit la presse à qualifier de conservateurs les tenants de régimes menacés par des évolutions, comme en Iran ou en Chine, le terme de conservateur désigne un courant politique dont l’existence est clairement attesté dans le monde anglo-saxon, où se trouvent ses penseurs les plus en vue et les plus caractéristiques, de Burke à Roger Scruton en passant par Disraeli, Kirk et autres. Même ainsi compris, le conservatisme garde une certain ambiguïté : né d’une réaction à la Révolution française, il mêle un attachement à des valeurs et références traditionnelles avec un grand pragmatisme, ce qui conduit le label à désigner des réalités assez variables. Ainsi dans ses rapports avec le libéralisme : si dans sa logique propre, il s’en distingue assez nettement, l’hybridation est fréquente, au point qu’aux Etats-Unis on considère bizarrement qu’en économie un conservateur est un ultralibéral.

Cela dit, on constate dans beaucoup de pays un renouveau de ce qu’on peut appeler au sens large conservatisme. Mais là aussi la réalité sous-jacente est variable : le terme s’applique assez bien à la Hongrie (Orban) et à la Pologne (le PiS). En Grande-Bretagne, le thatchérisme avait été particulièrement ambigu, comme d’ailleurs le reaganisme aux Etats-Unis. Le Brexit a été l’occasion d’une poussée impressionnante mais complexe du parti conservateur, dans une nouvelle mouture mêlée de populisme, où le patriotisme joue un rôle central ainsi que l’hostilité à Bruxelles. Trump aux Etats-Unis mêle de façon intime une dimension indéniablement conservatrice (notamment en matière de lutte pour la vie) avec une ambiguïté en matière économique et des méthodes populistes. Par certains point de vue, la remarquable poussée de Matteo Salvini et de la Lega en Italie présente des traits analogues à ce dernier. En résumé, plus encore que dans le conservatisme antérieur, l’hybridation caractérise ces divers mouvements, variable en outre selon les priorités locales, avec cette nouveauté généralement déterminante qu’est la dimension populiste.

Cela ne nous cependant pas conduire à sous-estimer leur importance et signification. Non seulement la dimension conservatrice y est réelle, mais elle s’y allie avec une composante populaire nouvelle, et avec des succès électoraux appréciables. Or nous sommes dans un contexte qui paraissait normalement favorable aux idées classées de gauche ou progressistes : c’est ce que G. Bernard appelle le mouvement sinistrogyre. Je le mets pour ma part dans le contexte de ce que j’appelle le paradigme de neutralité, qui tend à dominer les idées et leur expression publique depuis trois siècles, tout en faisant sentir ses effets progressivement. Il culmine dans le relativisme postmoderne actuel, à la base du politiquement correct d’aujourd’hui. Or ce dernier est toujours dominant, voire plus que jamais. Le succès des mouvements dont on a parlé signifie que cette emprise, notamment sur les média, n’a pas empêché le succès de ces formes de révolte contre ses conséquences absurdes et nocives. C’est là où la dimension populiste s’est avérée en général essentielle.

Le populisme est fondamentalement une révolte populaire contre les élites du moment. Il signifie donc à la fois l’affaiblissement au moins relatif de l’emprise de ces dernières, et l’absence ou l’insuffisance d’une alternative au niveau précisément de ces élites. D’où le problème de tout populisme : sa faiblesse au niveau tant des idées que de la compétence à gouverner. Quand il parvient au pouvoir, c’est que d’une façon ou d’une autre des idées, ou le choix de dirigeants venant d’un autre horizon, se sont combinés avec lui, mais naturellement de façon variable. Aux Etats-Unis, l’alchimie s’est faite chez une personne, Donald Trump, qui a amalgamé son rayonnement personnel essentiellement populiste avec son appartenance à la classe dirigeante et surtout à la décision de s’appuyer sur le parti républicain. En Grande Bretagne, une alchimie analogue a permis de combiner le charisme personnel et l’habileté de Boris Johnson avec la machine du parti conservateur piégé par la mise en œuvre du Brexit. Dans les deux cas, le programme reste sommaire, et ne s’appuie que très partiellement sur un mouvement d’idées. En revanche deux autres ingrédients ont été décisifs : d’un côté, le patriotisme ; de l’autre, l’écoute de la souffrance de masses populaires désespérant des politiciens qu’on leur offrait ; les deux se combinant dans une forme ou une autre de patriotisme économique. Mais qui reste assez flou, car les deux dirigeants restent ambigus par rapport au libéralisme : alors que ce dernier est dans l’ensemble contradictoire avec leur base de succès électoral, il les tente par ailleurs. Nous ne savons donc pas la forme exacte que prendra l’après-Brexit, ni ce que Trump fera de précis dans bien des domaines, notamment en économie, s’il obtient un second mandat.

Comme on le voit, le résultat concret de ce type de mouvement peut varier considérablement ; apparemment, la marge de fluctuation est d’autant plus grande que le populisme y domine. En sens contraire, la ligne des Hongrois d’Orban ou des Polonais du PiS est objectivement plus fiable et lisible ; mais justement, ce ne sont pas des partis populistes purs, et leur origine donne une place plus importante à la référence conservatrice. Il ne s’agit pas ici de dénigrer cette composante populiste, essentielle au succès dans les cas cités, mais d’en montrer les ambiguïtés.

Le cas français : bilan

La plupart des autres pays dits occidentaux a connu des poussées semblables à ce qui précède, mais avec des résultats plus contrastés. En Espagne, l’effet dominant est la montée d’une gauche particulièrement sectaire et agressive, conformément à la tradition locale ; en face, la poussée de Vox, parti populiste de droite, est très récente, mais elle ne fait pas l’objet d’une réaction de rejet de la droite classique, de sort que la situation peut évoluer. En Allemagne en revanche, la CDU restant jusqu’ici figée dans l’immobilisme merkelien, la conjonction avec le parti populiste AfD reste pour l’instant exclue, même si le débat est ouvert. Notons au passage que ce parti AfD, fondé au départ par des personnes motivées par l’hostilité à l’euro, a glissé vers un populisme assez sommaire, qui ne lui ouvre pas des perspectives prometteuses, sachant que la situation reste très mouvante.

Reste le cas français. D’un côté, il y a eu, au niveau intellectuel, un intérêt réel, visible au niveau universitaire ou dans les média spécialisés, pour les idées conservatrices, ce dont témoigne le remarqué Dictionnaire du conservatisme. Mais d’un autre côté, l’échec électoral de la liste de FX Bellamy a été analysé en général comme l’échec d’un positionnement conservateur. Cela dit, l’attention principale ne s’est pas portée là-dessus, mais sur ce qui est perçu de façon croissante par bien des gens comme l’opposition entre d’un côté les mondialistes et de l’autre les localistes (les anywhere et les somewhere du bestseller anglais de Goodhart). Selon cette analyse, ce clivage l’emporterait désormais sur celui opposant droite et gauche, quel que soit le sens de ce dernier. Ce qui paraît aller dans ce sens, c’est deux événements majeurs de la vie politique depuis 2017 : d’un côté le rezzou pratiqué par Emmanuel Macron, liquidant par étapes successives les deux partis de gouvernement pour fédérer sous son seul nom un ensemble hétérogène combinant libéralisme sociétal, ordre public musclé, et ouverture à la mondialisation, le tout mâtiné d’un européisme enflammé. Ce faisant il incarne bien les ‘mondialistes’. Et en face, on a vu l’explosion des gilets jaunes, exemple sans précédent d’une révolte populaire puissante, mais qui se voulait méthodiquement sans programme, sans leader, et par là sans but, viscéralement opposée aux précédents.

Cette situation française originale résulte de trois particularités. En premier lieu, on a vu l’importance des leaders, des meneurs d’opinion ; or en l’espèce, après péripéties diverses, il n’y a eu paradoxalement qu’Emmanuel Macron à subsister. Cela dit, il est assez probable que la magie en soit passablement érodée, d’autant qu’elle reposait assez largement sur un malentendu. Mais l’équipe au pouvoir continue à jouir de la rente de son opération, à savoir la destruction, au moins pour le moment, des anciennes machines politiques, PS et LR ; et il n’y a pas eu émergence d’un nouveau leader alternatif, à droite ou à gauche. Cela donne une consistance apparente à l’option ‘mondialiste’, mais qui ne repose pas sur des bases très solides. Un deuxième élément est le fait que les gilets jaunes ont catégoriquement exclu toute hypothèse de conjonction avec au moins une partie de la classe dirigeante ou compétente, ce qui a fini par condamner ce mouvement. Un troisième élément décisif dans le cas français, est le Rassemblement national, ex FN, qui est un cas unique : un parti construit comme populiste, fermé aux ‘élites’, propriété exclusive d’une famille, mais qui parvient à rester la deuxième force politique du pays, et opte en outre pour un positionnement résolument non-conservateur. En bref, c’est le gel spectaculaire d’un potentiel de changement pourtant considérable. Le résultat de tous ces facteurs est la stagnation et le pourrissement de la situation.

Sociologiquement, le bilan d’une coupure croissante entre l’élite et une bonne partie de la population est un fait massif et indiscutable. On sait qu’une analyse politique répandue (notamment au RN avec Marine Le Pen) en déduit une réorganisation de l’opposition politique, qui ne serait plus entre gauche et droite, mais entre les territoriaux enracinés et les autres. Mais Goodhart ne déduit pas de son analyse une opposition politique majeure entre anywhere et somewhere, et il a raison. Les somewhere que sont les Gilets jaunes en sont un bon exemple : certes, ils sont bien plus liés à une zone géographique que les thuriféraires de Macron ; ce sont pour la plupart des français de souche, et ils souffrent de la marginalisation d’une bonne partie du territoire français. Mais sont-ils vraiment consciemment enracinés dans une tradition culturelle, voire une communauté locale, comme le voudrait un certain romantisme conservateur qui s’est empressé de les annexer, trouvant enfin un sujet historique populaire - avec la même naïveté que les néo-marxistes cherchaient un substitut au prolétariat ? Dans leur démarche politique, sont-ils même si consciemment attachés au principe national ? Leurs revendications exprimées étaient essentiellement soit économiques (demandes adressés à l’Etat providence), soit de démocratie directe (référendum populaire). Bien sûr, dans la réalité ces demandes n’ont de sens que dans une perspective nationale, fondée sur la solidarité et une culture commune, et protégeant de la mondialisation ou en tout cas aidant à y vivre convenablement. De même, ils ont de façon latente un besoin manifeste de vrai communauté locale et d’enracinement. Mais ils sont loin d’en produire une expression politique. En résumé, ce sont effectivement des gens qui devraient être une force de changement ; mais pour cela il faudrait une offre politique plus compétente, et qu’ils l’acceptent.

Inversement, on constate la permanence sous-jacente d’une division politique essentielle qu’il faut bien exprimer en termes de droite et de gauche, non seulement en matière de mœurs (la gauche est massivement LGBT et avorteuse, et seule une petite minorité s’oppose à la PMA ; les positions contraires étant le quasi-monopole d’une partie de ce qu’on appelle droite) ; mais plus encore dans des questions aussi structurantes pour la recherche de solutions communes que sont la nation (la gauche nationale est presque inexistante), et bien sûr les migrations (la gauche est farouchement pour). Il s’en déduit que si Marine Le Pen et bien d’autres peuvent voir à court terme la possibilité d’une position ‘ni droite ni gauche’ à base protestataire, cela ne permet pas de bâtir une alternative. En outre, même si cela devait déboucher sur un mouvement massif (ce dont je doute fort), ce mouvement resterait catalogué à droite, et il n’échapperait donc pas à son destin, dicté par la nature même du champ des idées politiques dans nos sociétés. Outre bien sûr, le besoin de pouvoir gouverner, ce qui suppose une alliance avec une partie des milieux dirigeants, non seulement en termes de compétence, mais au niveau politique. Notons que dans l’autre camp le même problème se retrouve, en figure inversée, comme le confirment les difficultés du macronisme, alors même qu’il est supposé détenir tous les leviers du pouvoir - car il est sans base ni relais populaire. Dans les deux cas, on ne gouverne pas avec un seul hémisphère du cerveau. Mais ce serait encore plus difficile de l’autre côté, venant de nulle part.

Le cas français : voies de sortie politiques

Dans ce contexte, la montée en puissance d’un courant conservateur en France rencontre à terme visible un fort scepticisme, non sans motif. Parmi les forces existantes, d’un côté, Les Républicains gardent de leur période de gloire avec Chirac une tradition de positionnement plus centriste que de droite, qui n’a pris de couleur conservatrice assumée que sporadiquement sous Sarkozy ou Wauquiez, et encore sans continuité ni cohérence. La défaite de la liste Bellamy en mai 2019 a été lue par le reste du parti comme signifiant l’échec de la voie conservatrice. C’est bien sûr oublier les circonstances : une tête de liste jugée sympathique et classée conservateur, mais qui est tout sauf un leader politique, et surtout un positionnement très flou de l’ensemble : il n’y avait en aucune façon une ligne conservatrice assumée de l’ensemble du parti, sous un chef clair. Ce faisant, le moignon LR résiduel est revenu à ses pratiques antérieures, et joue de fait l’échec d’E. Macron, mais pour faire la même chose avec un système différent. Quant au RN, le choix de sa présidente héréditaire actuelle, ‘ni droite ni gauche’, implique le refus assumé d’un positionnement conservateur ou d’alliance avec des conservateurs. Dans cette optique, au stade actuel, quelles sont les configurations imaginables pour 2022 ? On peut en lister pour simplifier trois : un échec total de Macron et conséquemment l’émergence d’une alternative à l’ancienne qui se ferait élire, type Bertrand ou Pécresse, ou moins probablement, quelqu’un de gauche ; la survie de Macron, qui serait alors réélu – et dans les deux cas, il n’y aurait pas de vraie modification de ligne ; ou enfin, de façon plus inattendue, la victoire de Marine Le Pen, ce qui consacrerait sa ligne actuelle. Cela ne laisse pas beaucoup de place aux ‘conservateurs’.

Reste que la politique est comme la météo : elle change en permanence. Quelles sont alors les conditions de possibilité d’un courant conservateur ? J’en vois trois. L’une, essentielle, est l’émergence d’un leader politique réel et crédible, si possible candidat possible à la présidentielle. La deuxième, qu’un espace s’ouvre sur la droite, à la suite d’un échec reconnu tant de Marine Le Pen que du moignon LR. La troisième, moins nécessaire à court terme, mais indispensable pour un succès durable, est une réelle progression et affirmation des idées dites conservatrices. Reconnaissons que tout cela paraît peu évident pour 2022, sans être tout à fait exclu. Le degré de corruption intellectuelle du pays est particulièrement élevé, et le verrouillage idéologique et politique solide. Certes un éclat est possible, suite à un événement quelconque ; mais la question serait alors du suivi. Rappelons-nous le ‘non’ au référendum à 55%, inattendu car il n’était soutenu par aucun parti de gouvernement : ce ‘non’ massif et populaire n’a débouché sur rien de concret. En reprenant les 3 points : on ne voit pas à ce stade de leader possible (seule Marion Maréchal travaille ce créneau, mais en supposant qu’elle veuille ou puisse jouer ce rôle, ce qui reste à démontrer, elle est bloquée par sa tante et joue le plus long terme) ; l’échec de LR et RN n’est pas encore avéré ; et les idées conservatrices ont encore peu de résonance.

Le moyen terme et les questions structurelles

Il résulte de ceci que sans exclure une surprise, l’avenir d’idées ‘conservatrices’ se joue à plus long terme. Mais cela ne veut pas nécessairement dire très loin : en poursuivant notre raisonnement, cela peut se jouer relativement vite après 2022, tant il apparaît improbable que cette élection apporte une vraie réponse. La deuxième condition, l’échec des joueurs en lice, a même toutes chances de se vérifier dans les années qui suivront. Que faire alors ?

Passons sur la question du leader, difficilement planifiable. Mais elle est sans doute essentielle pour réaliser la conjonction avec la dimension populiste, sans laquelle le succès paraît improbable.

Reste donc le travail de fond : la réflexion sur la pensée conservatrice, depuis la recherche fondamentale jusqu’au traitement de sujets concrets, plus d’actualité, et sa diffusion, y compris à l’occasion de campagnes politiques. Cela suppose des moyens, l’idéal étant le modèle dit think tank, ou fondation. Mais aussi un vrai effort de réflexion. Je rappelle ici ma conviction profonde : la pensée conservatrice est pour moi une forme d’adaptation ou de compromis entre les idées dominantes de notre époque et la pensée classique, celle qui trouve ses origines dans Aristote et sous-tend toute la grande tradition de pensée occidentale. La pensée classique, bien mieux structurée, à la fois enracinée et à portée universelle, pragmatique et ferme sur les principes éthiques, a une portée et une puissance considérablement plus consistantes que ce qu’on appelle conservatisme. Ce dernier a donc le plus grand intérêt à revenir aux sources et à s’en inspirer, pour donner des réponses qui soient évidemment adaptées à notre temps, mais aussi à la mesure du paradigme relativiste qui domine la pensée collective de nos sociétés et fait se dresser la barrière toujours plus dure du politiquement correct. Bien entendu, un tel développement est un travail de longue haleine. Mais d’une part, il est seul à même de donner une base réellement solide, au-delà des coups sans lendemain que peut permettre le jeu politique ; et d’autre part, parallèlement, il peut nourrir l’expression publique et les programmes au fil de l’eau.

A côté de cette action substantielle, plusieurs questions structurantes méritent un examen particulier, à mi-chemin entre la réflexion de fond et les programmes. L’une est évidemment le cadre de communauté que l’on prend en référence centrale. Le cadre national s’impose comme une évidence pour un Américain, un Chinois, un Russe, un Japonais, un Indien ou un Brésilien, et bien d’autres. Pour nous, cela se heurte à la question cruciale de l’Europe. Il me paraît qu’une approche de type conservatrice (ou classique), fondée pragmatiquement sur les communautés réelles, ne peut adhérer ni au fédéralisme qui motive l’Europe actuelle, ni à la prédominance de l’idéologie relativiste qui la sous-tend, ni à son libre-échangisme dogmatique. Parallèlement, la sortie pure et simple n’est pas pour la France une solution comparable à ce qu’est le Brexit pour nos voisins britanniques : sans parler de l’euro, nous n’avons pas l’équivalent du monde anglosaxon pour nous donner un relais extérieur, et nous ne sommes pas organisés en emporium mondial. Il faut donc concevoir une autre Europe, bien plus confédérale (Europe des nations), moins idéologique, et d’ici là une remise en cause des chaînes que nous imposent les traités.

Une deuxième question structurante est de développer un modèle de rapport avec la mondialisation économique, qui soit assez protecteur pour nous permettre de maintenir un niveau de solidarité et un sentiment d’identité qui nourrissent une vraie communauté, mais pas naïf au point de croire à la possibilité d’un repli national ou local.

Une troisième question structurante, liée à la précédente, est un positionnement intelligent en matière écologique, reconnaissant avec le regretté Roger Scruton que l’écologie vraiment efficace est conservatrice, et à dominante locale.

La quatrième question structurante est bien sûr celle de la population comme telle, question typiquement conservatrice (et classique). Et donc du besoin simultané d’une remise à l’honneur de la famille et de la natalité, et de la reconnaissance du besoin de recréer une vraie communauté, enracinée dans son passé, et identifiée à une culture commune, ce qui implique concrètement une politique d’immigration ferme : filtrage sévère des entrées et exigences d’assimilation.

La cinquième enfin est l’éducation. Question elle aussi éminemment dans la tradition conservatrice et plus encore classique, qui suppose une remise en cause en profondeur de la structure centralisée du système français, et de son emprise idéologique actuelle.

En bref, il ne sert à rien de s’obnubiler sur la situation actuelle. Mieux vaut investir, rester mobilisé, et attendre le moment propice. Et d’ici là, travailler en profondeur.

Article paru dans Liberté Politique N° 84 mai 2020 ; numéro spécial "Un vent de conservatisme".

http://www.libertepolitique.com/La-...

Rédigé avant la crise sanitaire, tout aussi pertinent après.












































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