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La prochaine crise financière ? Pas d’impatience : ça se prépare !


dimanche 18 mars 2018









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La dernière crise, dix ans déjà ! A quand la prochaine ?

La question est suffisamment présente pour nous convaincre que la pleine confiance n’est pas rétablie. Et notamment du fait du poids de la dette. Toute la planète croule sous le poids de la dette : partout le ratio de la dette rapportée au PNB dépasse nettement le niveau de 2007 ; tout pays, tous emprunteurs (particuliers, entreprises, Etats).

Pourtant nous avait-on dit, la crise de 2008 était la dernière : des mesures drastiques devaient être prises pour éviter ce genre d’aventure à l’avenir. En un sens c’est vrai. En particulier l’appareil des règles s’appliquant aux banques et à un moindre degré aux marchés a été réellement durci, et pas de peu : à activité équivalente, les banques ont plus que doublé leurs fonds propres (qui fonctionnent comme un matelas de sécurité). Ce qui veut dire que là où pour prêter 100 (encours pondérés) elles avaient souvent 4 de capital, elles sont maintenant au-delà de 10. Dit autrement, elles sont toutes choses égales par ailleurs un peu moins endettées qu’avant - contrairement aux autres acteurs de l’économie. S’y ajoutent des mesures multiples et complexes renforçant leur capacité et celle des marchés à résister aux chocs. L’ensemble de ces mesures est en train d’être finalisé. De ce point de vue, un travail réel a été fait. Alors pourquoi l’inquiétude ?

Un premier signal inquiétant nous vient de l’autre grand jeu de mesures mises en place après la crise : les interventions massives des banques centrales. L’idée de départ était bonne : soutenir le plus possible l’activité au moment de la crise. Mais cela fait dix ans que cela dure. C’est qu’un autre facteur est intervenu : la peur panique de la déflation ou baisse des prix. C’est l’idée qu’une fois qu’on est installé en déflation on n’en sort plus, car les gens dépensent beaucoup moins puisque leur argent s’apprécie avec le temps. Au nom de cela les banques centrales déversent depuis dix ans des quantités massives de liquidité pour faire baisser les taux d’intérêt et réanimer l’inflation. Sans énorme succès, car l’inflation est freinée par la mondialisation.

Pourquoi est-ce inquiétant ? Parce que l’argent déversé va à quelque part. S’il ne nourrit pas l’inflation sur les marchandises, il va sur les marchés financiers et immobiliers et fait artificiellement monter les prix au-delà du raisonnable, et on investit dans n’importe quoi pour avoir du rendement (qu’on n’a plus sur les produits sûrs puisque les taux sont déprimés). C’est ce qu’on appelle une bulle. Quand une bulle éclate, on a une crise.

En outre l’essentiel de cet argent finance la croissance de la dette. Tout le monde s’endette, vu que les taux sont si bas. Même la Chine, qui a réagi à la crise comme les Occidentaux : par un endettement intérieur colossal et très dangereux (avec une petite différence quand même : l’Etat chinois lui n’est pas endetté envers l’étranger). Or la dette est l’instrument principal de propagation des grandes crises. Pour une raison simple : si j’investis mon propre argent, que les marchés baissent ou que je fais des pertes, je suis simplement moins riche. Si j’investis de l’argent que j’ai emprunté, je ne peux plus rembourser ; je fais faillite, et je répercute la crise sur mon créancier. Si tout le monde prête à tout le monde de façon excessive, les crises se répandent à toute vitesse et deviennent comme on dit systémiques. En outre si comme on l’a vu on a renforcé les banques, elles restent quand même exposées : environ 90% de leur bilan est fait de fonds empruntés. De plus, on a constaté le développement énorme de ce qu’on appelle banque de l’ombre : des sociétés qui ont une fonction proche de celles des banques mais qui ne sont pas soumises à leur réglementation et à leur supervision.

Et donc le risque d’une grande crise est bien réel. Où démarrerait-elle ? Par construction on ne le sait pas, car les gens éviteraient les opérations correspondantes. Presque toujours d’ailleurs une grande crise part d’un secteur jugé à tort sûr, comme les produits toxiques de 2007 qui avaient une si bonne notation financière. Que pourraient faire les pouvoir publics ? Essentiellement comme en 2008, faire marcher la planche à billet et inonder le marché de liquidités. Cela marchera-t-il ? Peut-être, mais à un niveau de risque bien plus élevé. Car cela fait dix ans maintenant qu’on déverse ces liquidités. Cela ne peut évidemment pas durer indéfiniment. Avec deux grands dangers : l’un, que l’inflation démarre pour de bon, les liquidités emportant tout sur leur passage ; l’autre, que la confiance dans nos monnaies finisse par s’éroder – car elles ne reposent sur aucune réalité autre que la confiance qu’on leur porte Sans compter les risques internationaux (mesures unilatérales, rétorsions etc.).

Et donc il faudrait faire un effort pour être plus vertueux. Ne plus s’endetter. Surveiller la banque de l’ombre. Et surtout, compartimenter les marchés : ne pas laisser l’argent circuler librement partout, contrôler un minimum son espace. Etc. Mais pas de démagogie (populiste), qui ne ferait qu’accélérer la dérive : ceux qui selon une vision fausse du passé recommandent la planche à billet nous poussent sur la planche savonnée. On pourrait aussi sortir de l’euro, même si c’est difficile, mais pas pour être plus laxiste encore, tout au contraire.

Le problème est que nous sommes habitués à toutes ces drogues. En sortir suppose donc un réel effort. Ce qui veut dire que nos équilibres socio-politiques en dépendent. Dit autrement, que la sortie de cette situation se fasse par retour à la vertu politique, ou qu’elle résulte d’une nouvelle crise à la suite de quoi on pourrait repartir sur de nouvelles bases, elle implique des mutations politiques profondes.

(Paru dans L’Homme Nouveau n°1659 du 17 mars 2018)


















































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