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Les dilemmes de la natalité


jeudi 27 mai 2021









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La démographie ne laisse personne indifférent. Mais aujourd’hui le débat change de nature : alors qu’il était dominé depuis plusieurs décennies par la menace d’une surpopulation, il tend de façon croissante à porter sur l’effondrement de la natalité. En effet, si la population totale de la planète a cru massivement depuis 60 ans, la natalité elle tend à décroitre rapidement avec le développement. Dans la plupart des pays avancés elle est actuellement en dessous du seuil de renouvellement, parfois fortement ; et quand elle est au-dessus, c’est à peine. Dans les pays en position intermédiaire, on constate la même tendance à une basse sensible. Et si on extrapole ce données, donc à priorités collectives identiques, cela veut dire que le risque à terme est une baisse sensible de la population ; et même, à terme très long, si on en restait sur la même tendance, cela signifierait la disparition des populations concernées.

Une seule exception, à peu de chose près, mais massive : l’Afrique noire, où c’est exactement l’inverse. Continent sous-peuplé vers 1950, il explose démographiquement ; en extrapolant il pourrait représenter 40% de la population mondiale vers la fin du siècle.

Inutile d’insister sur les problèmes géopolitiques et géoéconomiques que tout cela pose. D’un côté, un risque de ralentissement, de recroquevillement de populations vieillies, avec en outre des problèmes effrayants de financement des retraites. De l’autre, une surpopulation aiguë, dans la zone la moins développée du monde, et dès lors une poussée a priori irrésistible vers l’émigration, notamment vers l’Europe.

Dans un tel contexte la question du bon niveau de natalité se pose de façon aigue, avec une dimension géopolitique voire civilisationnelle majeure.

Mais il faut ajouter que sur le plan des principes, elle se poserait aussi dans une communauté homogène et isolée. Et cela conduit directement à la question de la liberté totale des couples en la matière. Quand la population était régulée de façon ‘naturelle’, en fait par les limites de la production agricole et par les maladies, il n’y avait pas trop à se préoccuper de la question. Un équilibre se maintenait, en quelque sorte par la force des choses. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Il y a désormais un double risque possible. Si d’un côté les couples font la grève des ventres, l’issue à très long terme est la disparition collective de la population concernée ; ou plus probablement, auparavant, la substitution par une autre population. Et plus radicalement, si toute l’humanité adoptait cette manière de vivre, l’issue à terme serait sa disparition. On répète en écologie que l’humanité ne pourrait pas vivre selon l’actuel mode de vie américain, car la planète n’y suffirait pas. La même phrase peut être reprise ici, mais en sens exactement inverse : l’humanité ne peut littéralement pas vivre indéfiniment avec la natalité actuelle des Allemands, des Italiens, des Coréens ou des Japonais – car elle disparaîtrait. Bien entendu, l’effondrement démographique des pays avancés peut continuer pendant un temps, puis se redresser ; dans ce cas, cela aurait pour seul effet de réduire la densité de population. En revanche ce n’est pas un mode de vie qu’on peut perpétuer indéfiniment. Ce ne peut être qu’une transition, soit vers sa répudiation et le retour à des pratiques plus natalistes, soit vers la disparition des populations concernées.

Mais la limite vers le haut n’est pas moins réelle, l’hypothèse d’une croissance indéfinie posant elle aussi de redoutables problèmes. Localement, parce qu’elle peut être source de misère et de surpeuplement. Mais aussi plus substantiellement parce que la planète n’est pas faite pour nourrir une population illimitée. Même si on supposait que les limites écologiques puissent être surmontées. Car il y a au moins une limite absolue : l’espace. Une terre qui aurait cent milliards d’habitants serait infernale, même si on pouvait les nourrir. Et il n’y a pas d’alternative crédible à vue humaine, pour aller ailleurs dans l’univers.

Ethiquement, en mettant à part toutes les transitions possibles, en régime de croisière on n’échappe donc pas, une fois atteinte une population jugée optimale, à une fluctuation autour de ce chiffre, et donc à une natalité moyenne tournant autour de 2 enfants par femme. En moyenne bien sûr : s’il y a beaucoup de femmes sans enfants, il peut et doit y en avoir d’autres avec des familles nombreuses. Et on peut monter puis baisser ou l’inverse. Mais dans certaines limites.

Que faire alors ? L’action concrète à mener dépend de là où on se trouve. Je laisse à d’autres la question de l’Afrique ; nous sommes en France. La France n’est clairement pas surpeuplée ; sa densité est bien plus faible que celle de la plupart des pays d’Europe. Or sa natalité fléchit, n’assurant plus le renouvellement des générations - en partie du fait de la destruction de la politique familiale opérée depuis 10 ans. On ne peut donc que souligner le besoin évident et urgent en France du retour une politique familiale active. Mais sélective : s’il est logique et bon que la population française de souche souhaite investir pour se perpétuer, il n’y a pas de sens à ce qu’elle finance son remplacement à terme par d’autres, du moins s’ils ne s’assimilent pas.

Tout ceci conduit par ailleurs à souligner la faiblesse de la réflexion catholique sur ce point. Dans la ligne de ses prédécesseurs, le pape François évoque rapidement le problème de la démographie dans Laudato si, mais pour s’en tirer par une pirouette. Il explique en effet au n° 50 : « au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de ‘santé reproductive’. Mais s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire. Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. » Ce faisant il n’affronte pas vraiment le problème (pas plus que ses prédécesseurs à ma connaissance : voir le Compendium de la Doctrine sociale qui comme solution ne parle que de développement - article 483). Or on peut partager autant qu’on veut, il reste un double problème à terme, d’espace et de pression écologique. Cet évitement est en outre un paradoxe, car les écologistes dont le pape se rapproche dans ce document sont eux en général très hostiles à la croissance démographique (et peuvent de ce fait errer dans l’autre sens). Or la question est majeure, et éthiquement incontournable. Le moins qu’on puisse dire est qu’on aurait besoin ici d’une sérieuse réflexion.

Paru dans Liberté politique n° 88 mai 2021.














































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