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Crise de la zone euro : le coupable, c’est la dette


lundi 17 janvier 2011









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Pour un Etat, hors grand projet productif, la bonne dette, c’est pas de dette du tout.

C’est en outre une des clefs de la liberté.

Les Etats européens se concertent pour trouver des moyens de parer à la crise qui affecte gravement des pays membres de la zone euro. C’est très bien. La solidarité est une bonne chose, la convergence sur des politiques raisonnables aussi. Cela peut même marcher un temps.

Mais si on en reste là on ne va pas au bout du problème. Car le vrai problème c’est l’endettement public. En soi. Car fondamentalement, hors projets économiques individualisés et rentables, un Etat ne devrait s’endetter que dans des cas exceptionnels et pour un temps limité.

Si en effet un Etat décide, comme l’ont fait la plupart des pays d’Europe depuis 40 ans, de laisser filer son déficit budgétaire et de le financer par l’endettement, il rencontrera assez vite un plafond car on ne peut pas s’endetter indéfiniment. A partir de ce moment-là, il sera d’autant plus contraint à l’équilibre budgétaire, qu’il devra assumer une gestion rigide de la charge de sa dette sous l’œil attentif des marchés. L’Etat aura alors perdu toute marge de manœuvre. En d’autres termes, la facilité de la dette ne marche qu’un temps : c’est le feu de paille d’une génération. Mais ensuite elle pèse lourdement sur celles qui suivent.

Concrètement, si on pense que par exemple le plafond est à 60 % du PNB comme le prévoient les traités européens, un pays qui arrive à ce niveau doit ensuite, pour stabiliser ce ratio, ne pas faire croître sa dette plus vite que le PNB. Mais comme ce qu’il doit s’accroît déjà mécaniquement des intérêts, dont l’ordre de grandeur est au mieux celui de la croissance du PNB, il ne peut plus lever de fonds d’emprunt pour quelque dépense supplémentaire que ce soit. Et cela en supposant que les marchés le laissent tranquille et acceptent à la fois de renouveler les échéances, de financer les intérêts dus, et de ne pas accroître les spreadsau vu du risque. En d’autres termes, la génération qui s’est endettée en a profité, mais la facilité ne vaut que pour elle.

On dira que s’endetter peut être justifié si cela correspond à un investissement

Cela peut se comprendre parfois : en temps de guerre par exemple, parce qu’alors la nécessité de survie ne laisse pas d’autre choix. Par extension cela pourrait se défendre en cas de crise exceptionnelle pour passer le cap, comme en 2008, ou peut-être avec le choc pétrolier de 1973. Mais sûrement pas pour financer des déficits courants et éviter par là, comme ce fut le cas pour l’essentiel, presque partout, depuis 40 ans, des choix politiques un tant soit peu courageux et responsables.

On dira que s’endetter peut être justifié si cela correspond à un investissement. Comme le font les entreprises. Mais ce n’est vrai que si cet investissement permet de générer un surcroît de produit financier, directement mesurable, permettant au moins de rembourser l’emprunt. Les entreprises bien gérées ne le font qu’avec grand soin. Ce n’est évidemment pas le cas, même de loin, d’aucun Etat : il faudrait pour cela nettement isoler les financements que la dette permet, les affecter à des projets réellement rentables, et mesurer leur impact réel, y compris à la fin sous forme de rentrée fiscale.

Naturellement une autre voie de sortie existe, empruntée depuis longtemps, et qu’on a appelée "l’euthanasie des rentiers" : la réduction de fait de la dette soit par une inflation galopante soit par une forme de répudiation au moins partielle. Ce n’est bien sûr ni très moral ni très responsable. Mais en outre ce n’est pas ouvert à tout le monde. En général en effet, le marché réagit et fait payer cher ce type de stratégie, sauf positionnement particulier comme maintenant les Etats-Unis. Et de toute façon ce n’est pas possible dans une zone monétaire comme l’euro, qui ne peut pas laisser à chaque membre la liberté de tirage sur la banque centrale commune.

En résumé donc, après une phase initiale de dépenses, généralement de consommation et sans produit visible, un Etat qui s’endette ne fait que léguer aux générations futures un fardeau inutile et dangereux, en aliénant du même coup non seulement sa capacité de décision politique … mais aussi sa capacité d’endettement, pourtant vitale en cas de vrai coup dur.

Deux conclusions. La première est que la mise en place des techniques sophistiquées d’emprunt au fil de l’eau qui date des années 1980 aété désastreuse à proportion de son efficacité : c’est comme laisser à un alcoolique un accès libre et immédiat au whisky. La technique antérieure des grands emprunts nationaux hautement visibles était politiquement autrement honnête.

La deuxième conclusion est que sur le long terme la seule solution véritable à la crise de la zone euro est d’organiser de concert la disparition quasi-totale de la dette publique. Mais alors plus besoin de se concerter : la plaie aura disparu.

(Paru dans la rubrique Le Cercle sur Les Echos.fr le 10 janvier 2011.














































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