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De la morale en finance ?


jeudi 26 mai 2011









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Oui, certes. Il faut de la morale en finance, comme ailleurs, et c’est possible. Mais quelle morale ?

Le rôle de la morale est de dire ce qu’il est objectivement bon de faire dans une situation donnée : il n’y a donc pas de jugement moral sans connaissance technique du sujet. La finance de marché est là pour collecter l’épargne et l’investir dans des projets qui le justifient et préparent notre avenir. C’est une responsabilité considérable, et en même temps aléatoire : le futur n’est ni connu ni maîtrisable, et les critères de choix complexes et multiples. Il est donc collectivement important que ces choix s’exercent dans le meilleur sens possible. Ce qui intéresse la morale.

En même temps certaines attentes ne sauraient être satisfaites et ne peuvent donc pas être exigées moralement. Il ne s’agit pas pour les marchés de prévoir l’avenir, ni même d’être efficients comme on le dit trop souvent : il n’y a pas de raison que la confrontation des positions à un moment donné soit cohérente avec toutes les données disponibles. Ce que le marché permet, c’est de donner un repère, un prix de référence ; et de dégager des solutions, en donnant la possibilité d’acheter ou de vendre. Et seul il permet la confrontation des opinions des opérateurs qui le souhaitent. Se limiter à des transactions bilatérales très serait lourd, autrement plus opaque, et au fond risqué. Il rend donc un service irremplaçable, ce qui est en soi moralement bienvenu. En même temps il est toujours possible de ne pas traiter à ses conditions, et nous restons responsables de nos transactions.

Ainsi compris, cet outil qu’est le marché est donc dans son principe moral. Il contribue en outre à moraliser les comportements par la discipline qu’il donne, grâce au regard externe qu’il pose.

Une éthique de l’opérateur

En même temps, résultant de l’interaction d’opérateurs libres ayant leurs priorités et valeurs, y compris morales, le marché reflète celles-ci, et donc celles de la société concernée. En un sens une société a le marché financier qui lui correspond, selon les priorités des participants.

Un tel souci moral implique notamment de réfléchir autant que possible aux conséquences de ses actes. En particulier, le marché n’est pas intrinsèquement court-termiste : nul n’est obligé d’être obsédé par les profits trimestriels. C’est même lui qui permet de procurer l’argent le plus long à des projets. D’où aussi l’intérêt de l’investissement socialement responsable (ISR) bien compris.

Bien, dira-t-on, va pour l’investisseur ; mais le trading peut-il être moral ? Oui, si on revient à sa fonction sociale. Au fond le bien qu’il apporte est ou devrait être de contribuer à ce que le prix soit le plus proche possible de la valeur ‘réelle’ du titre, de l’appréciation du potentiel réel de chaque entreprise. Ceci apprécié à chaque instant certes, mais à l’horizon du projet en question, avec en vue la recherche de son (juste) prix. A l’aune de ce critère, la manipulation du marché ou la tromperie sont évidemment immorales, et d’ailleurs punies pénalement.

Mais la spéculation ? Ici aussi il faut distinguer. Si elle consiste à acheter quand on pense que les prix sont trop bas, non seulement elle n’est pas immorale, mais elle est une contribution utile, en ce sens morale, à la fixation de prix plus justes.

Très différent est le cas de celui qui parie sur la hausse, alors même qu’il pense les prix trop hauts, parce qu’il joue un mouvement irrationnel du marché en espérant sortir à temps quand la bulle se dégonflera. Ce faisant il contribue au gonflement de cette bulle. Il est difficile d’y porter remède par la loi. Mais pour l’opérateur qui a une préoccupation morale, il y a là un problème. L’attitude vertueuse est probablement alors de ne rien faire, ou de vendre le titre. Que cela ne soit pas facile, c’est évident ; cela ne fait pas disparaître l’idéal. Cette exigence peut aussi conduire des autorités, s’ils le peuvent, à tenter de calmer le marché s’il s’emballe. A ce point de vue l’existence de grands fonds de pension, souverains mais gérés indépendamment du pouvoir politique, peut s’avérer une nécessité.

Mais dira-t-on, et les profits de cette activité, les bonus ? on dit souvent qu’ils sont immoraux parce que disproportionnés avec le service fourni et l’utilité sociale de l’activité. Cela n’a de sens que si on démontre qu’il y a ‘prédation’. C’est une question d’abord pour les autorités à qui il incombe de promouvoir un marché ouvert et compétitif : y a-t-il des positions dominantes ou privilégiées, des rentes ? Des prises de risques excessives ? Dans ce cas il leur revient d’intervenir. Sinon on est sur une question de politique des revenus, qui n’a pas de raison de viser la seule finance.

Comment progresser ?

Ce qui apparaît en fait est que la finance, compte tenu de son importance et de son utilité majeure pour la société, comme de ses risques, a particulièrement besoin d’une réflexion sur ses finalités. Mais une telle réflexion est au fond d’ordre moral. Confusément, la société le lui demande.

Concrètement l’action implique deux niveaux. Celui de la régulation : la finance est comme le sport, elle a besoin de règles du jeu, fixées avant le match. Mais les pouvoirs publics ne savent pas tout et ne sont pas compétents sur tout, notamment en la matière.

L’attitude personnelle est donc centrale - et sur le long terme, un comportement responsable est le plus sûr. On dira que si les pouvoirs publics n’interviennent pas, celui qui sera vertueux tout seul le payera très cher : on ne change le marché que si on est une majorité à penser ainsi. C’st souvent vrai. Mais pour introduire des références communément admises, il existe un autre outil, de mieux en mieux reconnu dans le secteur financier où la technicité des questions rend souvent difficile une régulation de l’extérieur. Il s’agit d’une forme saine de régulation collective : l’adoption de normes professionnelles ou de codes de déontologie, à valeur normative. La profession montre alors à la société qu’elle assume ses responsabilités.

Pour en savoir plus sur la question de l’utilité des marchés : hors série Revue Banque « A quoi servent les marchés financiers ? » sortie début juin 2011.



3 Messages de forum

  • De la morale en finance ?

    1er juillet 2011 12:33, par Jean-Marie BILLARD
    Je me permets de soumettre à votre avis, l’article suivant sur la finance islamique.

    Voir en ligne : Les concepts de la finance islamique

  • De la morale en finance ?

    13 août 2011 22:31, par Gregorio BELAUNDE
    Cher Monsieur de Lauzun, je vois bien des coincidences avec mes points de vue. J’ajouterais qu’une activité particuièrement choquante sur le plan moral est le "short-selling", qui consiste en pratique a tirer grand profit de la faiblesse de quelqu’un (entreprise, pays) en l’affaiblissant encore plus méthodiquement et en lui portant le coup de grâce. Je n’arrive pas à accepter l’argument de la meilleure liquidité du marché, même si je le comprends ; ne doit-on pas parfois renoncer à un bien pour éviter un plus grand mal ? J’écris en ce moment sur le sujet et je suis en train de promouvoir au Pérou une forte autorégulation collective du secteur financier en complément du travail du régulateur/superviseur pour lequel j’ai travaillé presque 4 ans et demi, après plus de 20 ans dans le groupe Crédit Lyonnais, notamment en Asie, expérience qui m’a amené à me poser beaucoup de questions comme celles que vous évoquez. Si vous lisez l’espagnol, je serais heureux de vous faire parvenir certains de mes articles. Autrement, j’ai été interviewé en anglais pour la Smart Campaign (principes pour la micro-finance). Bien cordialement Gregorio Belaunde

    Voir en ligne : Smart Campaign Ambassador Spotlight

  • Sans titre

    16 novembre 2013 19:13
    J’ai découvert avec plaisir votre avis là-dessus, c’est extrêmement instructif. Ah, au fait : j’ai vu des 404 par endroit, sans doute de la documentation sur des sites web comme http://www.comparatif-antivirus .net/ (antivirus avast gratuit).











































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