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En finir avec la dette


vendredi 23 septembre 2011









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En 1978 la dette publique française représentait 72.8 MM d’euros, et 21.2 % du PNB. Au premier trimestre 2011 elle était montée au niveau ahurissant de 1646.1 MM € et 84.5% du PNB.

En moyenne, de 1978 à 2006, cette dette s’est accrue annuellement de 10%. Depuis 1982, elle double tous les dix ans. Les autres pays européens ne font pas vraiment mieux.

Difficile désormais d’expliquer que l’été meurtrier que nous venons de connaître est dû aux spéculateurs. On n’a jamais vu un spéculateur ou un investisseur obliger un Etat à s’endetter. A la veille de la crise, fin 2006, on était déjà à 65% du PIB. Cela fait plus de trente ans que cela dure. Si nous en sommes là, c’est parce que nous avons accepté la facilité collective du déficit et donc du recours à la dette. C’est évidemment autrement plus simple qu’arbitrer entre réduction des dépenses et hausse des impôts. Pas un très bon signe du fonctionnement de nos démocraties d’ailleurs.

La crise des pays du Sud de l’Europe nous oblige à accélérer la prise de conscience. Et donc à arrêter la glissade avant qu’il ne soit trop tard.

Mais il ne sert à rien de prendre les marchés en bouc émissaire. Ils ont fait et font leur part d’erreurs ou de bêtises. Mais à qui peut-on faire croire que cette glissade pouvait continuer indéfiniment ? Comment espérer que les marchés financiers, certes détestés mais chaque année toujours plus sollicités, financeraient jusqu’à la fin des temps une telle accumulation exponentielle ? Et comment leur reprocher qu’après une crise financière – où ils ont été mis en cause pour ne pas avoir bien apprécié les niveaux de risque –, ils doutent désormais de la capacité des pays les plus faibles à faire face à leurs échéances ?

D’autant qu’on découvre que la réalité n’est pas celle décrite. Derrière une zone euro politiquement présentée comme homogène, la réalité se révèle en fait bien plus contrastée. On n’avait prévu ni solidarité fiscale, ni mécanisme efficace de contrôle des déficits. Les marchés en tirent les conséquences. Le signal nous arrive à un moment particulièrement malvenu : oui. Ils auraient pu réagir avant : oui. Les effets collectifs qui animent les marchés les conduisent à exagérer : oui. A la hausse ou à la baisse, et plus longtemps qu’ils ne le devraient : oui. Mais ils sont comme cela, on le savait. On devait donc surtout se préparer à la possibilité d’une telle situation en même temps qu’ils étaient sollicités avec tant de vigueur.

C’est à la lumière de cette réalité qu’on peut évaluer les solutions miracles évoquées ici ou là. Les euro-obligations par exemple. Mais il faudrait d’abord expliquer pourquoi transférer une dette à un niveau plus large la rendrait plus vertueuse. En quoi la réduction générale des dettes qui s’impose d’évidence va être réalisée par un nouvel instrument massif d’endettement. Pourquoi les Allemands devraient garantir tous les autres, et plus encore refinancer sur grande échelle et sous leur signature les dettes actuelles des autres. Etc.

Il faudrait surtout expliquer comment l’Etat fédéral européen nécessaire à de telles émissions serait politiquement viable sans légitimité démocratique. Il n’y a pas de peuple européen, ni de vie politique démocratique européenne au niveau populaire, et il n’y en aura pas à horizon utile. Donc pas d’Etat fédéral. Et donc pas de ministre des finances européen.

Et c’est encore moins dans les délais contraints que nous impose la crise de la dette que cette voie peut servir de réponse.

Alors, comment faire ? Pas d’autre solution que d’organiser le plus rapidement possible le retour à l’équilibre budgétaire ; puis un excédent pour réduire la dette à des proportions tolérables. Partout. Avons-nous le choix de ne pas suivre l’exemple vertueux qu’est l’Allemagne, qui prévoit l’équilibre dès 2013 ? Cela implique hélas des mesures de rigueur douloureuses, tant du côté des recettes que procure l’impôt que des dépenses publiques : c’est que les arbitrages que nous repoussons depuis trente ans doivent être faits maintenant, au pire moment. Plutôt d’ailleurs côté dépenses, vu le niveau monstrueux qu’elles ont atteint : 56 % du PIB, un record.

Mais ce n’est pas tout. Une fois la situation restaurée, c’est notre conception même de la dette publique qui doit être radicalement revue. Ce ne doit plus être l’instrument magique qui donne l’illusion de pouvoir éluder l’arbitrage entre réduction des dépenses et hausse des impôts. En situation normale, la dette publique n’a pas de justification. Un endettement ne doit être utilisé que pour la réalisation de projets qui s’autofinancent par les produits qui en résultent, comme les autoroutes.

Ce n’est qu’à cette condition que nous conserverons la faculté de recourir à la dette lorsque le besoin s’en fera sentir. Par un acte solennel et pour une période aussi courte que possible.

(Publiée dans el Figaro du 12 septembre et sur le site Les Echos Le Cercle)














































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