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Les causes de la crise : quelques idées reçues


mardi 20 mars 2012









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Voir en ligne : www.youtube.com/watch?v=ofc_vkY91GU

Les causes de la crise : quelques idées reçues

Trois thèses répandues sont citées, qui me paraissent donner une idée erronée des causes de la crise et conséquemment des voies de remède. Je les résume un peu brutalement.

Thèse 1. "La libéralisation généralisée, combinant le libre-échange mondial et la pression des marchés, a débouché dans les pays développés sur une baisse des salaires. Pour résoudre l’insatisfaction qui en résulte, on a favorisé un endettement massif et/ou privé. D’où la crise. En retour une récession s’ensuit qui d’abouche sur l’austérité et encore plus de pressions à la baisse".

En réalité, outre qu’il n’y a pas eu baisse des salaires mais selon les pays progression ralentie ou stagnation, cela n’explique pas en soi l’endettement actuel, qui résulte de deux mécanismes. D’une part l’incapacité de nos démocraties à arbitrer entre leurs dépenses, et leur manque de courage à les financer par des impôts. D’autre part la dérégulation irresponsable du secteur financier ainsi que le manque de volonté des régulateurs de réduire les bulles spéculatives quand il en est temps, et notamment les bulles immobilières.

Thèse 2. "Les très gros revenus spéculent et agitent les marchés de façon parasitaire, ce qui explique leurs dysfonctionnements et débouche sur des revenus parasitaires encore plus gros".

En réalité, si la spéculation au mauvais sens du terme est un dysfonctionnement réel des marchés, elle n’est pas à l’origine des crises récentes, ni celle de 2007 qui portait sur des produits qui ne faisaient pas l’objet d’un marché secondaire ; or la spéculation suppose un marché secondaire. Ni de celle de 2011 qui porte sur l’endettement aberrant des Etats européens en outre enfermés dans les graves erreurs de conception de la zone euro. On confond spéculation et crises.

Thèse 3. "On a dépossédé anormalement les Etats de leur droit à battre monnaie librement, c’est-à-dire à créer de la monnaie comme ils l’entendent pour financer leurs déficits. Le droit de battre monnaie à volonté est régalien. La BCE en est privée ce qui remet la création de monnaie en des mains privées".

En réalité il est à la fois inefficace et moralement injuste de financer des déficits publics par de la création de monnaie. Toute la tradition chrétienne depuis Nicols Oresme dénonce cette pratique. Même si en l’espèce on pourrait peut-être tolérer un tel recours vu l’ampleur des dettes accumulées, ce n’est pas une solution normale. En fait ce qui est aberrant c’est le déficit public, car pour l’essentiel il finance des dépenses courantes ; celle-ci doivent être financées par l’impôt ou supprimées. La création de monnaie ne se justifie que par le développement du crédit, qui n’est justifié que s’il finance des activités créatrices de richesses mesurables pour permettre de les rembourser ; c’est de fait très rarement le cas des Etats.

Au total, le résultat de telles thèses est de mettre en cause des mécanismes considérables mais difficilement évitables dans leur principe, comme la mondialisation ou le rôle des marchés, qu’on peut et doit réguler beaucoup plus qu’on en le fait, mais pas faire disparaitre et de loin. Et parallèlement de ne pas dénoncer les véritables responsabilités ou plutôt irresponsabilités dans les dérives, notamment celles des politiques et des régulateurs. Y compris leurs graves défaillances dans la régulation des marchés, au nom d’idéologies fallacieuses ; et aussi leur gaspillage croissant.

Lettre à La Nef sur son numéro 235 de mars 2012.














































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