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La question du mal : articles dans La Nef


jeudi 28 mars 2024









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La question du mal fait l’objet d’un dossier spécial de la revue La Nef , dans lequel je suis intervenu par deux articles qu’in trouvera ci-après, l’un, introductif, sur ce qu’on peut appeler la dimension philosophique, l’autre sur la question de la relation entre le mal et l’existence de Dieu.

Ce sont les idées que j’ai développées dans mon livre Dieu le mal et l’histoire, paru en 2022 chez Téqui.

La question du mal : le niveau philosophique

La question du mal est une vieille interrogation de l’humanité, peut-être dès les origines. La dimension chrétienne est ici essentielle, et ce sera l’objet des différents articles de ce numéro. Mais il importe d’examiner au préalable la manière dont le problème se pose avant cela : ce qu’on peut appeler la dimension philosophique.

Le mal naturel

La première distinction à faire est entre le mal naturel et le mal issu de la responsabilité d’un être spirituel, ange ou homme. Le mal naturel, le fait même que notre monde soit imparfait, ne résulte pas d’évidence de la responsabilité humaine. Sinon, il faudrait imaginer une époque où l’homme et les animaux ne connaissaient ni le mal ni la mort. Or cela paraît contradictoire avec la science et avec notre expérience. Les êtres vivants tels que nous les connaissons souffrent et meurent, en dehors de toute intervention humaine.

Par ailleurs, ce qui caractérise notre monde est la limitation des ressources, à commencer par l’espace. Dans ces conditions, la reproduction de la vie n’est pas possible sans la mort, qui permet de limiter le nombre des êtres vivants à un moment. Mais s’il n’y a pas reproduction, il n’y a pas émergence d’êtres nouveaux. Le développement même d’un être vivant, à commencer par le simple fait de manger, suppose dans ce monde la disparition d’un autre, donc une destruction et une souffrance. Or ce développement est en soi bon. Il apparaît donc que c’est la nature telle que nous la connaissons qui comporte ce mal naturel.

La souffrance : on peut estimer que c’est elle qui donne au mal toute sa signification. En effet, la disparition d’un être qui ne souffre pas ne paraît pas d’emblée constituer un mal. Mais dans le cas des êtres vivants la souffrance est un élément essentiel de leur survie et plus encore de leur capacité de progrès, car elle les conduit à prendre en compte les menaces et à y réagir. C’est encore plus vrai dans le cas d’êtres libres comme les hommes. En un sens donc, la souffrance, comprise comme sensibilité au mal, est pour nous nécessaire au bien lui-même. Bien entendu on peut concevoir un monde sans souffrance, et où toute limitation disparaît : celui de la vie éternelle ; mais il sera radicalement différent de notre monde.

D’ici là, c’est l’homme qui perçoit et subit plus fortement la présence du mal, parce qu’il est conscient. C’est d’autant plus vrai qu’il se sait être une personne, unique, ce qui accroît le scandale de la souffrance et de la mort. Mais en même temps lui seul peut à son niveau lutter contre avec l’aide de Dieu (seul décisif), et espérer la réponse à sa question.

Le mal moral

Le mal moral est très différent. Si le mal naturel peut déboucher sur un bien, puisque l’ordre de la nature le présuppose, le mal moral par lui-même jamais. Qu’un en être libre, doté de conscience, choisisse un mal moral est un égarement, car il ne s’oriente pas vers le bien véritable auquel il est ordonné, et se perd en recherchant un bien particulier ; c’est ce qu’on appelle péché.

Cela dit, le mal moral résulte directement de la liberté ; or elle est en soi bonne. Non seulement c’est un don de Dieu mais c’est un élément de similitude avec Lui, et un moyen nécessaire pour atteindre son plein développement. Il n’est pas de Dieu d’amour pensable sans liberté. Il en résulte qu’un monde comportant la liberté et par là le risque d’un mal moral est meilleur qu’un monde sans liberté. D’autant que Dieu peut tirer de ce mal un bien supérieur. Dans cette perspective, tout mal a son utilité, comme motif à rachat ou à progrès, car c’est une occasion de grâce et de progrès.

Le mal compris comme négativité

Quelle est la nature du mal ? Dans la conception classique, ce n’est pas une substance, existant par soi-même ; c’est la privation d’un bien qui devrait être là ; par lui-même il n’a pas de consistance ni d’existence propre – car il ne faut parler de mal si la limite résulte de la nature de la chose considérée. Dans tout désir, ce qui est désiré n’est pas le mal que cela peut comporter, mais une dimension de bien que contient l’objet du désir. C’est la conséquence de la définition même du bien : c’est ce qui nous attire, parce que cela correspond à une demande de notre nature. Il n’y a donc pas symétrie entre le mal et le bien. Seul le bien est originel et existe par soi.

Dans un choix mauvais, un bien partiel nous conduit à choisir ce qui en réalité est source d’amoindrissement ou de destruction. De ce point de vue, en un sens, plus un être est mauvais, plus il est impuissant. Il cherche un certain bien, mais ce n’est pas celui qu’il faudrait, ou pas comme il le faudrait ; et il ne trouve que le contraire de ce qu’il cherchait ; il rencontre le malheur, alors que son être cherchait le bonheur.

L’appel à Dieu

Une telle réflexion rationnelle, philosophique, rend compte de la logique profonde de l’existence du mal. Nous n’en restons pas moins sur notre faim, car notre être profond reste heurté par la présence du mal, lequel nous apparaît comme un mystère fondamental, notamment le mal moral sous ses formes les plus troublantes (mysterium iniquitatis).

Mais pour le croyant, la question prend un tour très différent, dès lors qu’elle est inscrite dans le contexte de sa relation avec Dieu. D’un côté cela soulève la question de la présence du mal dans un monde créé par un Dieu qui est Amour, qui sera évoqué dans les articles qui suivent. D’un autre côté, justement, l’appel à Dieu que suscite la présence du mal, et la réponse de Dieu, constituent une des dimensions essentielles de la vie de foi et du message biblique. Dieu répond au mal par un bien plus grand encore, déjà au niveau de sa Providence quotidienne, et surtout du fait de ce geste inouï consistant à S’incarner et à prendre le mal sur lui, afin de nous ouvrir à l’infini de la vie éternelle – si nous acceptons librement ce don. C’est ce que nous verrons dans les différents articles qui suivent.

Le mal et l’existence de Dieu

Position du débat

L’analyse philosophique de la question du mal pose au croyant une question majeure, car elle conduit à l’idée que Dieu tolère un certain mal. Cela choque.

On pourrait observer au préalable que la question n’aurait pas beaucoup de sens si Dieu n’existait pas. Car dans ce cas, c’est le terme de bien qui n’aurait pas de sens. Dans une optique matérialiste, le mal est tout au plus un phénomène neuronal, commun avec l’animal, et donc rien d’essentiel. D’une certaine manière donc, le croyant voit et ressent plus consciemment le mal que l’athée, pour qui ce ne devrait pas être un problème. Mais pour le croyant la question se pose : comment un Dieu tout-puissant admet-il l’existence du mal, s’Il aurait pu l’empêcher ?

Si Dieu est tout-puissant, il peut tout, sauf ce qui est contradictoire ou impossible. Or l’idée d’un monde sans mal n’est ni contradictoire ni impossible. On peut donc prétendre qu’un Dieu tout-puissant aurait pu créer un monde sans mal et où on ferait librement le bien. Inversement, répondre à la question du mal implique de montrer que Dieu peut avoir des raisons pour accepter un certain mal.

Dans le précédent article, on a vu que notre monde n’est pas concevable sans mal naturel (la souffrance et la mort). Plus largement, un univers matériel, s’il n’est pas statique, comporte nécessairement le possibilité que des choses puissent périr. Or on ne peut qualifier de mauvais ce qui résulte de la nature même de quelque chose. La vie est un bien ; elle suppose un développement mais il est difficilement concevable sans la mort. De même, la création d’êtres conscients et libres est un bien, mais elle implique la possibilité du mal moral.

Par ailleurs, il faut rappeler qu’il peut être nécessaire qu’une partie, prise seule, puisse être déficiente, si c’est pour le bien ou la beauté du tout ; le sens ne se prend qu’un niveau de l’ensemble. Ce qui revient à reconnaître qu’il faut examiner si ce qu’on a perçu comme mal n’est pas compensé et surtout largement dépassé par un bien supérieur. En particulier, si le mal et la souffrance sont indispensables à la vie dans un monde matériel non statique, il est clair qu’il vaut mieux qu’il existe plutôt qu’il n’y ait rien. Et on voit assez de bien dans l’univers pour reconnaître qu’il est bon qu’il existe.

Peut-on justifier le mal au nom d’un bien supérieur ?

Certains contestent ce raisonnement, en évoquant des maux tels qu’on ne voit pas quel bien peut en résulter ou les compenser, et cela dès le mal naturel. Dans un débat célèbre, William Rowe pose l’exemple d’une biche qui meurt en souffrant dans un incendie de forêt. Et de poser la question : peut-on raisonnablement penser qu’il y a un bien plus grand que la souffrance de la biche, mais qui suppose celle-ci ? Cela sera encore plus vrai, dit-il, dans le cas d’une souffrance humaine. Quel bien supérieur peut justifier ou compenser la souffrance gratuite d’un enfant ? Il ajoute qu’on ne pourra jamais démontrer que ces souffrances n’auraient pas pu être évitées.

Notons d’emblée que si on prend cette analyse comme argument contre l’existence de Dieu, elle est contestable. Si quelqu’un est croyant , c’est que, pour des raisons diverses, il pense que Dieu existe. Il pourra en déduire qu’il y a des raisons à la présence de tel ou tel mal : le fait qu’il ne les connaisse pas avec précision ne fait pas par lui-même disparaître les motifs pour lesquels il croit en l’existence de Dieu. Et cela d’autant plus que notre connaissance détaillée du monde est extrêmement limitée. Si on reprend l’exemple de la biche, il n’est pas raisonnable de demander qu’on précise le bien éventuel qui contrebalancerait ce mal, car il n’y a aucune raison pour que ce bien nous apparaisse, surtout en regard de l’infini de la sagesse divine, inaccessible à notre savoir.

Mais c’est le point de départ même de Rowe qui est arbitraire. Au nom de quoi affirmer que ce qui apparaît comme un mal n’est jamais justifiable ? Nous avons l’exemple contraire de la rédemption chrétienne : un bien infini que Dieu nous a donné, celui de prendre tout le mal sur Lui. D’un côté, ce bien est exceptionnel ; mais d’un autre côté, il aurait été impossible sans ce mal qu’est le péché. De fait, souffrir même de façon très dure n’est à chaque fois qu’un fait limité. Il est donc possible et logique de considérer que cela puisse être compensé et au-delà par un bien plus grand, surtout s’il est infini. Or en particulier, la perspective même de la vie éternelle implique un déséquilibre infini en faveur du bien.

Mais il convient d’aller au-delà encore. Car si l’argumentation précédente n’implique pas par elle-même la négation de la réalité de la souffrance, il reste que Dieu est effectivement tout-puissant, et que Sa Providence couvre l’ensemble des événements du monde. Or émotionnellement le spectacle du mal et de la souffrance nous révolte, et légitimement. Mais l’intérêt des considérations précédentes est d’éviter de nous laisser submerger par ces émotions subjectives, et d’en appeler en permanence à la réalité de Dieu, éternel et tout-puissant, et parfaitement bon, au-delà de toute souffrance. Non pour nier le mal et la souffrance, mais pour avoir à l’esprit dans quel contexte elle s’insère, et seulement alors penser le sens possible de la souffrance ou du mal. S’il a pleinement conscience de l’infini de Dieu, le croyant peut et doit être troublé profondément par la considération d’un mal horrible, mais il n’en déduira pas que sa foi est vaine, tout au contraire, car d’un côté, à nouveau, il en déduira qu’il ne connaît pas les raisons spécifiques de Dieu, et surtout, d’un autre côté, il se rappellera que Dieu est le seul à qui il peut faire appel face à ce mal.

Marilyn McCord Adams évoque ici le cas d’une personne subissant des maux si horribles qu’il semble que sa vie ne vaille pas d’être vécue. Celui qui tue son enfant dans un accident de voiture n’acceptera pas qu’on lui dise que c’était un mal à accepter dans le cadre d’un équilibre global. Mais pouvoir expliquer les causes d’un mal importe au fond assez peu : ce qui compte est comment l’amour de Dieu peut s’exprimer pour nous, quel espoir nous est offert par Dieu, et par là comprendre que toute vie vaut la peine d’être vécue, par ce qu’elle est accueil du don de Dieu.

Nous retrouvons ici, au-delà du réconfort de la vie de foi en ce monde, la perspective de la vie éternelle. Car si le croyant ne peut en général pas savoir comment Dieu intervient particulièrement dans la vie d’une personne qui souffre, ni le percevoir, il croit dans la promesse d’amour infini qu’est la vie éternelle, qui est en soi un bien incommensurable à tout mal, et qui est en un sens déjà présente en nous. Il ne s’agit pas ici d’ignorer ou d’oublier le mal ou la souffrance subie, encore moins de se dispenser d’agir contre ce mal, mais de rappeler cet horizon ultime qui assure la victoire du bien. En un mot, seule la bonté de Dieu et son amour peuvent vaincre le mal - surtout s’il est horrible.

Pourquoi pouvons-nous faire le mal ?

Nous avons mis jusqu’ici l’accent sur le mal naturel, ou physique. Mais il reste la question du mal moral : celui qui dépend de la liberté de l’homme (et de l’ange). Certes là aussi la réponse précédente subsiste : Dieu peut accepter un mal s’il en tire un plus grand bien. En outre la liberté est bonne en soi ; mais elle implique la possibilité de choisir le mal. Mais il y a en l’espèce un objection supplémentaire spécifique : pourquoi le choix du mal peut-il se faire, compte tenu de la supériorité évidente du bien ? Dit autrement, pourquoi le monde n’est-il pas tel que le choix du mal moral, même théoriquement possible, soit en pratique exclu ?

A nouveau, le fait que Dieu a créé un monde distinct de Lui, implique qu’il soit exposé à l’imperfection, sinon rien n’existerait en dehors de Lui ; d’autant qu’Il lui a permis d’évoluer en dehors de Lui, par ses propres forces (même si elles sont un don de Dieu). Il ne pouvait alors que créer un monde possédant certaines limites ou imperfections. Qu’un autre monde serait peut-être marginalement meilleur que le nôtre n’a de ce point de vue aucune importance. Plus spécifiquement, il y aurait une bizarrerie à revendiquer des êtres meilleurs que nous ne sommes : soit cela ne serait qu’une différence de degré, soit de tels êtres ne seraient plus des êtres humains.

La question devient alors : Dieu devait-il empêcher le péché d’exister ? Le fait est qu’Il a créé une race humaine qui pouvait pécher et qui l’a fait, et Il le savait car Il est omniscient. John L. Mackie dit ne pas comprendre pourquoi Dieu n’a pas fait des hommes construits de telle façon qu’ils auraient toujours choisi librement le bien. Mais, déjà, à nouveau, seraient-ils vraiment libres ?

Plus précisément, l’homme (comme l’ange) est simultanément ouvert à l’être et à l’amour infini de Dieu, sans limite ; mais il est en lui-même limité, et en particulier il n’a pas en lui-même sa loi, ce qui le fait être. D’où la tentation de se suffire à lui-même ; c’est-à-dire de chercher à réaliser son aspiration fondamentale à l’infini, sans reconnaître cette incapacité intrinsèque, en voulant être sa loi à lui-même. Cette combinaison de l’imperfection et de l’autonomie expose logiquement à mal choisir et à chuter : c’est le péché de Lucifer.

Certains évoquent alors l’action possible de la Providence. Par exemple, de façon imagée, Dieu pouvait faire résonner le tonnerre au moment où Eve cueillait le fruit du mal. Et il aurait fallu que Dieu intervienne systématiquement dès qu’un être humain aurait été tenté. Mais à nouveau, quel sens aurait une liberté qui serait systématiquement remise en cause dans ses effets ? On pourrait dire aussi que le mal ne serait pas choisi si Dieu Se manifestait à l’homme dans Sa plénitude. Mais alors il n’y aurait plus de liberté. Surtout, le sens ne serait plus du tout le même pour l’homme : connaître Dieu serait un donné absolu et incontournable, et non le fruit de sa réponse personnelle, de son cheminement en réponse à un appel de Dieu, respectueux de sa liberté. Le cheminement libre est une voie supérieure et donc meilleure, malgré ses risques.

Certains encore objectent que si les hommes sont libres, et que Dieu ne peut pas les contrôler ultérieurement, on ne peut pas dire qu’Il est tout-puissant. Mais un être peut être tout-puissant et se donner des limites, alors qu’un cercle carré est en soi impossible. Dans aucun monde il n’est possible que des créatures libres ne fassent jamais de mal de façon certaine. Si le libre arbitre est une limite à ce que Dieu peut faire, Dieu l’accepte parce qu’Il considère qu’un monde le comportant est meilleur – et notamment parce qu’Il tire toujours un bien d’un mal. Et créer ce monde était un bien, outre à nouveau la perspective de la vie éternelle. C’est particulièrement vrai pour le chrétien, car la rédemption, le sacrifice sur la croix et le rachat de l’humanité, sont un bien infini, donc supérieur à tous les maux possibles ; or ce bien serait impossible sans le péché. C’est le sens du ‘felix culpa’ de la nuit de Pâques.

La question du progrès intérieur

A cela s’ajoute la perspective du progrès intérieur. Saint Irénée nous explique que pour des êtres comme nous, la perfection suppose une maturation, laquelle suppose que nous soyons exposés à la possibilité de faire le mal. Certains demandent pourquoi il faut endurer des souffrances pour progresser, sans parler des échecs possibles. Mais là encore, un tel processus caractérise toute vie terrestre ; notamment, le rôle premier de la souffrance étant de reconnaître un mal, progresser suppose un signal, une certaine souffrance. Et si le don de Dieu est plus grand dans la rédemption, cela implique que de façon générale le passage par des épreuves rend capable de recevoir plus. Des êtres libres doivent se former librement : à nouveau, c’est la supériorité de celui qui a surmonté les tentations par rapport à celui qui a été créé pour rester innocent. Un univers sans mal possible ressemblerait à un environnement idéal pour animal domestique : il n’y aurait plus de place pour la vertu morale, ni pour l’amour. En résumé, le monde n’est pas un paradis, c’est un lieu de préparation. Ce qui compte est de faire advenir une âme, dans le temps, progressivement, de la préparer à l’accueil de l’amour infini.

Ce qui apparaît ici finalement est le lien étroit établi entre une création ayant nécessairement ses limites, comportant le bien essentiel de la liberté, et le rôle du temps et de l’histoire. Car c’est dans le temps que nous pouvons surmonter le mal en vue d’un bien qui le dépasse, mais que ce mal a en un sens rendu possible. Ce qui ne prend pleinement son sens que dans la perspective du savoir et de l’amour infinis de Dieu. C’est donc à nouveau l’horizon de la vie éternelle qui permet de conclure pleinement à la possibilité du dépassement du mal, dans ce monde soumis au temps mais qui bénéficie de ce même temps, et que cet horizon relativise radicalement.

Paru dans La Nef, n° 367 mars 2024.
















































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