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Petite analyse de la Déclaration Dominus Iesus


lundi 11 février 2019









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Petite analyse de la Déclaration Dominus Iesus

(Extraits de mon livre publié en 2000, Le Ciel et la Forêt Dominique Martin Morin, tome II)

Unicité du christianisme

La déclaration Dominus Jesus est le premier texte récent du magistère catholique à aborder la question de pluralité religieuse. Si elle n’avance volontairement aucun élément nouveau, le fait de réaffirmer solennellement un ensemble d’éléments traditionnels est en soi très important, avec une approbation marquée du pape Jean-Paul II (tant dans le corps du texte que dans l’audience qui a suivi, où il a défendu avec vivacité la déclaration contre ses détracteurs). Elle vise explicitement la dérive relativiste qui affecte de nombreux chrétiens, en particulier dans les milieux se réclamant du dialogue entre religions. Les très nombreuses citations de ce texte sont presque toutes soit tirées de l’Ecriture, soit très récentes (Vatican II et les deux derniers papes), comme pour souligner l’actualité et la permanence des enseignements correspondants. […]

Le fait central est la réaffirmation de l’unicité et de l’universalité du salut apporté par le Christ. Tout homme qui est sauvé l’est par le seul Christ, Fils de Dieu, à la fois Dieu et Homme, qui S’est incarné et est mort pour nous ; conséquemment, ce salut passe également nécessairement par l’Eglise, Corps mystique du Christ, qui rassemble le peuple des rachetés, et prolonge l’action du Christ notamment en répandant Son enseignement et en diffusant les grâces sacramentelles. Le message de ce salut, et plus généralement la Révélation chrétienne, apportés par le Fils de Dieu Lui-même, sont complets et définitifs, en cela qu’ils contiennent tout ce qui a été et doit être révélé par Dieu aux hommes. L’action de l’Esprit saint au cours de l’histoire s’inscrit également dans ce contexte, puisque l’Esprit est esprit du Verbe incarné. D’où le rôle essentiel de l’annonce de ce message de salut, et donc du devoir missionnaire.

En sens contraire les relativismes contemporains prennent des formes variées, mais qui ont en commun de ne pas reconnaître cette unicité, tant du rôle du Christ que du message correspondant : soit qu’on admette d’autres conceptions possibles, parallèles à celle-là bien que contradictoires, soit qu’on prétende que la vérité est hors de portée, soit qu’on ne reconnaisse pas à cet évènement de l’Incarnation sa signification radicalement originale et unique.

La Déclaration rappelle les nombreux textes de l’Ecriture qui affirment de la façon la plus claire ce rôle unique. Elle confirme que cette unicité est comme nous l’avons montré intrinsèque au message chrétien : si en effet Dieu, en la personne du Fils, S’est incarné et est mort puis ressuscité pour le salut des hommes, un tel évènement, pour celui qui l’accueille et y croit, devient nécessairement le fait central de sa foi. Dieu ne S’est incarné et est mort pour nous qu’une fois, en un endroit et un moment précis ; et le message de salut qu’Il a apporté, comme Dieu et comme homme, est évidemment unique et suffisant. En le disant les Evangiles et à leur suite l’Eglise ne font que souligner ce qui et la logique même de cette Bonne nouvelle.

La même remarque vaut pour l’Eglise : si Dieu S’est incarné, une seule fois en un seul endroit, et a fondé une communauté d’hommes avec mission d’accueillir leurs frères en leur annonçant ce message de salut, cette communauté est unique. Et lorsqu’il est rappelé que l’Eglise du Christ ‘subsiste’ en la seule Eglise catholique, on reste là encore dans la simple logique : ce qui constitue l’Eglise catholique est précisément le fait de remonter à cette fondation sans discontinuité, et de trouver en elle l’origine de ses institutions (notamment avec la succession épiscopale, et l’ensemble des sacrements). On peut ne pas être d’accord, mais on ne peut nier que c’est la raison d’être même de cette Eglise. Le texte le rappelle (16) : ‘Par l’expression subsistit in, le Concile Vatican II (Lumen gentium, n. 8) a voulu proclamer deux affirmations doctrinales : d’une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l’Église du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Église catholique ; d’autre part, « que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures », c’est-à-dire dans les Églises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Église catholique. Mais il faut affirmer de ces dernières que leur « force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique » (Vat. II, Décr. Unitatis redintegratio, n. 3.)’ Là encore on reste dans la simple logique : si ces sacrements et institutions sont effectivement d’origine divine, et sont des instruments constitutifs de l’Eglise, une communauté humaine qui ne les a pas tous n’est pas pleinement église.

Le texte contient de nombreux développements très riches sur lesquels nous ne pouvons nous étendre (notamment sur l’articulation de l’Eglise et du Royaume). Nous nous concentrerons sur les deux questions du rapport avec les autres religions, et du salut des non-chrétiens.

Les autres religions

En ce qui concerne les autres religions, la déclaration rappelle que la reconnaissance par le texte conciliaire Dignitatis Humanae des valeurs et vérités qu’elles contiennent, qui débouche sur le dialogue inter religieux, n’exclut en rien la mission, dont le dialogue est ‘l’accompagnement’.

Une conséquence très importante de l’unicité du christianisme est en effet que la foi chrétienne est de nature différente des diverses croyances. Comme le dit le document (7) : ‘On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi théologale [celle du chrétien] et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l’accueil dans la grâce de la vérité révélée, qui « permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une compréhension cohérente » (Jean-Paul II, Encycl. Fides et ratio, n. 13), la croyance dans les autres religions est cet ensemble d’expériences et de réflexions, trésors humains de sagesse et de religiosité, que l’homme dans sa recherche de la vérité a pensé et vécu, pour ses relations avec le Divin et l’Absolu’. Et le texte poursuit : ‘Cette distinction n’est pas toujours présente dans la réflexion actuelle, ce qui provoque souvent l’identification entre la foi théologale, qui est l’accueil de la vérité révélée par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres religions, qui est une expérience religieuse encore à la recherche de la vérité absolue, et encore privée de l’assentiment à Dieu qui se révèle’. Les mots sont pesés : on a d’un côté la vérité révélée de Dieu, de l’autre le fruit des recherches de l’homme : au mieux une expérience religieuse non aboutie. Encore une fois ceci n’est que la conséquence immédiate du message chrétien : si le Christ est Dieu, ce qu’Il dit est la vérité ; et qui ignore cette vérité ne peut prétendre avoir accès à l’autorévélation de Dieu ; dès lors ce qu’il croit n’est pas connaissance révélée de et par Dieu.

Conséquemment, les textes de ces religions, quel que soit le rôle bénéfique qu’ils puissent jouer ou avoir joué, ne peuvent être considérés comme des ‘livres inspirés’, c’est-à-dire rédigés sous l’inspiration de l’Esprit saint et constituant ensemble le corpus de ce que Dieu a révélé aux hommes. Bien entendu l’Esprit saint agit dans l’histoire, mais c’est comme Esprit du Verbe ; on ne saurait donc opposer un rôle spécifique du Verbe limité au seul christianisme, opposé à une action de l’Esprit qui se ferait sentir de façon comparable dans les différentes religions. C’est toujours le Christ qui agit. Comme dit le texte (12), […] [citant] Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 28. ‘Tout en reconnaissant le rôle historico-salvifique de l’Esprit dans l’univers entier et dans toute l’histoire (ibidem) le Magistère précise cependant : « Ce même Esprit a agi dans l’incarnation, dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, et il agit dans l’Église. Il ne se substitue donc pas au Christ, et il ne remplit pas une sorte de vide, comme, suivant une hypothèse parfois avancée, il en existerait entre le Christ et le Logos. Ce que l’Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l’histoire des peuples, dans les cultures et les religions, remplit une fonction de préparation évangélique et cela ne peut pas être sans relation au Christ, le Verbe fait chair par l’action de l’Esprit, “afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et récapitule toutes choses en lui” » (Ibidem, n. 29).’

Ce qui ne veut pas dire que Dieu n’utilise pas ces autres religions. En effet comme dit le texte (8) ‘Cependant, parce qu’il veut appeler à lui tous les peuples en Jésus-Christ et leur communiquer la plénitude de sa révélation et de son amour, Dieu ne manque pas de se rendre présent de manière multiforme « non seulement aux individus mais encore aux peuples, par leurs richesses spirituelles dont les religions sont une expression principale et essentielle, bien qu’elles comportent “des lacunes, des insuffisances et des erreurs” » (Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 55). Par conséquent, les livres sacrés des autres religions qui de fait nourrissent et dirigent l’existence de leurs adeptes, reçoivent du mystère du Christ les éléments de bonté et de grâce qu’ils contiennent.’

En d’autres termes, ce qu’ils contiennent de bon peut aider les fidèles de ces religions à se tourner vers Dieu, et peuvent être par-là instruments de la grâce ; étant entendu que ces éléments bénéfiques proviennent du Christ. On retrouve les notions caractéristiques de ‘semences du verbe’ et de ‘préparation évangélique’. En bref, les autres religions et plus généralement tout ce qu’ont de bon les différentes cultures humaines est animé par l’Esprit, qui est Esprit du Christ ; mais ceci est de nature et de signification très différente de la Révélation directe et explicite de Dieu par Lui-même, notamment dans l’Incarnation et la Rédemption […] .

Le rôle de ces religions doit donc être examiné dans le cadre de cette unique médiation du Christ. Sur les modalités de cette médiation la recherche théologique est ouverte, mais à condition de rester dans ce cadre. Comme le dit le texte (14) : ‘Il faut donc croire fermement comme vérité de foi catholique que la volonté salvifique universelle du Dieu Un et Trine est manifestée et accomplie une fois pour toutes dans le mystère de l’incarnation, mort et résurrection du Fils de Dieu. Compte tenu de cette donnée de foi, la théologie d’aujourd’hui, lorsqu’elle médite sur la présence d’autres expériences religieuses et sur leur signification dans le plan salvifique de Dieu, est invitée à examiner les aspects et les éléments positifs de ces religions : entrent-ils dans le plan divin de salut ? Comment ? La recherche théologique trouve dans cette réflexion un vaste champ de travail sous la direction du Magistère de l’Église. Le Concile Vatican II a d’ailleurs affirmé que « l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source » (Vat.II, Lumen gentium, n. 62). Il faut élucider le contenu de cette médiation participée, qui doit rester guidée par le principe de l’unique médiation du Christ : « Le concours de médiations de types et d’ordres divers n’est pas exclu, mais celles-ci tirent leur sens et leur valeur uniquement de celle du Christ, et elles ne peuvent être considérées comme parallèles ou complémentaires » (Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio, n. 5). Les solutions qui envisageraient une action salvifique de Dieu hors de l’unique médiation du Christ seraient contraires à la foi chrétienne et catholique.’

On revient donc à l’unicité intrinsèque du message chrétien. Comme dit le texte (15) : ‘On se propose souvent d’éviter en théologie des termes comme « unicité », « universalité », « absolu », parce qu’ils donneraient l’impression d’une insistance excessive sur le sens et la valeur de l’événement salvifique de Jésus-Christ vis-à-vis des autres religions. Or, ce langage exprime en fin de compte la fidélité à la révélation, car il est un développement : il provient des sources mêmes de la foi. La communauté des croyants a en effet immédiatement reconnu la vertu salvifique spécifique de Jésus : par cette vertu, lui seul, comme Fils de Dieu fait homme crucifié et ressuscité, donne la révélation (cf. Mt 11,27) et la vie divine (cf. Jn 1,12 ; 5,25-26 ; 17,2) à toute l’humanité et à chaque homme par la mission reçue du Père et dans la puissance du Saint-Esprit. Dans cette mesure, on peut et on doit dire que Jésus-Christ a une fonction unique et singulière pour le genre humain et pour son histoire : cette fonction lui est propre, elle est exclusive, universelle et absolue.’

Si l’on souhaite en complément réfléchir sur la place des autres religions, on constate donc d’une part que Dieu est à l’œuvre dans ce qu’elles ont de bon, mais que d’autre part elles ne peuvent être considérées comme relevant d’une véritable révélation. Il apparaît donc bien qu’elles relèvent de l’action normale de Dieu en l’homme, allant à la rencontre des efforts de l’homme lequel utilise ces dons naturels que Dieu a mis en lui, qui est fait par Lui à Son image. On peut donc envisager une action providentielle du Christ, par son Esprit, éveillant ou encourageant telle ou telle disposition ou réflexion possible. Mais ce n’est pas une Révélation. […]

Selon un paradoxe apparent, les religions de l’Inde peuvent être appréhendées comme ensemble certes disparate mais fécond de ‘semences du Verbe’, mêlées à des spéculations erronées, et l’on peut espérer que comme la philosophie grecque (c’est-à-dire après transformation radicale) les héritiers de ces grandes cultures puissent en extraire des éléments propres à enrichir non le christianisme, mais notre compréhension de ses richesses. En revanche, à nouveau le cas de l’Islam fait problème : apparu après le christianisme et parfois à ses dépens, pour l’essentiel construit à partir de la Bible ou de textes chrétiens non canoniques, ce n’est pas un bon candidat au rôle de ‘semina Verbi’. Il semble donc qu’il faille ici faire intervenir une autre configuration, également présente dans les hérésies, celle dans laquelle un élément de connaissance de Dieu est bien présent, fourni en l’espèce non par l’effort de recherche de l’homme mais par une vraie Révélation, celle de la Bible ; mais il se trouve que dans sa recherche personnelle un homme (sincère sans doute), faute de connaissance appropriée de ce message, a pu à partir de lui se construire une vision particulière, qui est en régression par rapport à la plénitude de la Révélation, et contient des erreurs. Situation qui est d’ailleurs appelée à un certain avenir avec l’unification relative de la planète : le christianisme ou certains de ses éléments tend en effet à être largement connu, ce qui rend très improbable une nouvelle religion qui n’en tiendrait pas compte ; mais il peut servir de réservoir au genre d’initiative que l’Islam et les grandes hérésies ont illustré.

Le salut des non-chrétiens

En ce qui concerne enfin le salut des non chrétiens, la déclaration rappelle que selon le Concile (12) : ‘l’action salvifique de Jésus-Christ, avec et par son Esprit, s’étend à toute l’humanité, au-delà des frontières visibles de l’Église. Traitant du mystère pascal, où le Christ associe déjà maintenant le croyant à sa vie dans l’Esprit et lui donne l’espérance de la résurrection, le Concile affirme : « Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal » (Gaudium et spes, n. 22).’

Quel est le rôle de l’Eglise dans ce salut ? Le document rappelle les principes de base (20) : ‘On doit avant tout croire fermement que l’« Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16,16 ; Jn 3,5), c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu’il nous a confirmée en même temps » (Lumen gentium, n. 14). Cette doctrine ne doit pas être opposée à la volonté salvifique universelle de Dieu (cf. 1 Tm 2,4) ; aussi, « il est nécessaire de tenir ensemble ces deux vérités, à savoir la possibilité réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la nécessité de l’Église pour le salut » (Redemptoris missio, n. 9). L’Église est « sacrement universel de salut » (Lumen gentium, n. 48), parce que, de manière mystérieuse et subordonnée, toujours unie à Jésus-Christ sauveur, sa Tête, elle a dans le dessein de Dieu un lien irremplaçable avec le salut de tout homme (S. Cyprien, De catholicae ecclesiae unitate, 6). Pour ceux qui ne sont pas formellement et visiblement membres de l’Église, « le salut du Christ est accessible en vertu d’une grâce qui, tout en ayant une relation mystérieuse avec l’Église, ne les y introduit pas formellement mais les éclaire d’une manière adaptée à leur état d’esprit et à leur cadre de vie. Cette grâce vient du Christ, elle est le fruit de son sacrifice et elle est communiquée par l’Esprit Saint » (Redemptoris missio, n. 10). Elle est liée à l’Église, qui « tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père » (Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 2). Et la note 82 précise : ‘C’est dans le sens ici expliqué qu’il faut interpréter la formule célèbre Extra Ecclesia nullus omnino salvatur.’

Au 21 : ‘Sur la modalité de transmission aux non-chrétiens de la grâce salvifique de Dieu, toujours donnée par le Christ en l’Esprit et dans un rapport mystérieux avec l’Église, le Concile Vatican II s’est contenté d’affirmer que Dieu la donne « par des voies connues de lui » (Vat. II, Décr. Ad gentes, n. 7). La théologie cherche à approfondir cette idée. Ce travail théologique doit être encouragé, parce qu’il sert sans aucun doute à une meilleure compréhension des desseins salvifiques de Dieu et des formes de leur réalisation. Cependant, d’après ce qui a été rappelé jusqu’ici sur la médiation de Jésus-Christ et sur la « relation singulière et unique » (Redemptoris missio, n. 18) entre l’Église et le Royaume de Dieu parmi les hommes — qui est en substance le Royaume du Christ sauveur universel —, il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l’Église comme un chemin de salut parmi d’autres.’… ‘Certes, les différentes traditions religieuses contiennent et proposent des éléments de religiosité qui procèdent de Dieu, […] et font partie de « ce que l’Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l’histoire des peuples, dans les cultures et les religions » (Redemptoris missio, n. 29). De fait, certaines prières et certains rites des autres religions peuvent assumer un rôle de préparation évangélique, en tant qu’occasions ou enseignements encourageant le cœur des hommes à s’ouvrir à l’action divine (ibidem). On ne peut cependant leur attribuer l’origine divine et l’efficacité salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chrétiens (Concile de Trente, Décr. De sacramentis). Par ailleurs, on ne peut ignorer que d’autres rites naissent de superstitions ou d’erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plutôt un obstacle au salut (Redemptoris missio, n. 55).’ Et encore au 22 : ‘S’il est vrai que les adeptes d’autres religions peuvent recevoir la grâce divine, il n’est pas moins certain qu’objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l’Église, ont la plénitude des moyens de salut (Pie XII, Encycl. Mystici corporis). « Tous les fils de l’Église doivent [...] se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce spéciale du Christ ; s’ils n’y correspondent pas par la pensée, la parole et l’action, ce n’est pas le salut qu’elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement » (Lumen gentium, n. 14).’

Au 23 : ‘À propos de la vraie religion, les Pères du Concile Vatican II ont affirmé : « Cette unique et vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique à qui le Seigneur Jésus a confié le mandat de la faire connaître à tous les hommes, lorsqu’il dit aux apôtres : “Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit” (Mt 28,19-20). Tous les hommes, d’autre part, sont tenus de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ; et quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèles » (Vat. II, Décl. Dignitatis humanae, n. 1).’

Nous ne nous étendrons pas sur les modalités de connaissance du Christ et de l’Eglise qui sont celles des non-chrétiens sauvés : la déclaration ne va pas au-delà du texte conciliaire, lui-même très général, sinon à préciser qu’il s’agit ‘d’une grâce qui, tout en ayant une relation mystérieuse avec l’Église, ne les y introduit pas formellement mais les éclaire d’une manière adaptée à leur état d’esprit et à leur cadre de vie..’. En d’autres termes il n’y a pas entrée formelle dans l’Eglise, mais ‘éclairement’ de la personne, d’une manière qui les relie à l’Eglise. Ce qui implique que celle-ci a un rôle dans le processus. Il est dès lors essentiel de rappeler ces deux éléments de base que sont d’un côté le devoir missionnaire des chrétiens, ainsi que le devoir de recherche et de conversion de la part des non-chrétiens ; et de l’autre le rappel de la situation objectivement moins favorable de ces derniers. On pourrait peut-être ici les comparer (avec prudence !) à des hommes qui vivraient dans des conditions insalubres, et d’une nourriture insuffisante. Qu’ils arrivent à survivre n’empêche pas que leur situation n’est pas satisfaisante, et que qui a la possibilité de leur procurer des conditions de vie saines, avec une nourriture adéquate et une minimum d’instruction, aurait un devoir absolu de le faire. Il est insensé que des chrétiens, qui ne peuvent être tels s’ils ne vivent pas du Christ et ont une immense gratitude pour ce don de la foi qui leur ait fait, n’aient pas le désir ardent de communiquer ce don dans la mesure du possible ; comme il est insensé d’imaginer que la connaissance auto-révélée du Fils de Dieu ne fasse aucune différence ente celui qui en bénéficie et un autre. La responsabilité des chrétiens est ici massive : comme dit saint Paul, malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ; en d’autres termes, c’est à nous de participer au salut des non-chrétiens, soit si nous pouvons en leur faisant connaître le Christ, soit en accroissant par nos prières et nos efforts la somme de grâces que la solidarité de la Communion des saints diffuse aussi auprès de ceux des non-chrétiens qui ont montré l’ouverture nécessaire pour bénéficier de la vertu salvifique de l’Eglise.










































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